#UnAmourDePâtisserie

# Un Amour De Pâtisserie sort demain !

#UnAmourDePâtisserie sort demain! (22 décembre 2022)

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Un concours de gâteaux pour la chaîne Conte de Fées pourrait faire décoller ma petite pâtisserie… et m’offrir une nuit de passion torride qui me tiendrait chaud pour les années à venir. Mais rien de plus. Parce que je n’ai pas le temps pour l’amour. Pas vrai ? Bon.

Alessandro Torre est réapparu dans ma vie avec les mêmes larges épaules tatouées, le même sourire en coin et le même regard de braise qui m’avait fait fondre comme du beurre il y a presque un an. J’étais censée ne jamais le revoir. À mes yeux, il était Thor (à cause de son gros marteau). Mais à présent, nous sommes coincés ensemble, comme collés avec la meilleure colle alimentaire. Ancien garde du corps ronchon (et si têtu !), il dirige la sécurité d’Un amour de pâtisserie, le concours auquel je dois participer si je veux sauver ma boutique. Cette fois-ci, je ne prendrai aucun risque. Sauf, peut-être, pour une nuit. C’est juste une nuit. Pas vrai ? Bon.

Jamie Bond – ou devrais-je dire Aisling O’Connor ? – nous y revoilà. Encore. Des mois que je rêve de la revoir. De la toucher encore. De finir ce que nous avons commencé il y a presque un an dans cet ascenseur. Mais à présent, il y a des règles. Cette maman est encore plus têtue que moi. De plus, j’ai appris à mes dépens qu’on ne peut faire confiance à personne. Tout ce que j’ai besoin de faire, c’est terminer cette mission stupide avec mon con de frère et passer à autre chose. J’ai promis à mon équipe que je ne la laisserais pas tomber. Non. Hors de question. Sauf, peut-être, pour une nuit. Pas d’attaches. Je ne suis pas du genre à me mettre en couple et tomber amoureux n’est pas au programme.

Personne ne doit savoir. Si ça arrivait, nous pourrions tout perdre.

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Chapitre un – Aisling

Note à moi-même : Ne pas pousser Marion Sinclair dans la belle piscine chauffée. Même si elle a déclaré que ma pâtisserie « tiendrait très probablement moins de trois ans » dans sa dernière publication.

— Aisling ! Youhou !

Marion, l’influenceuse spécialisée dans les pièces montées, la nouvelle collaboratrice du magazine Vive les mariés et mon ennemie de toujours, agite la main dans ma direction. Elle est en train de se prendre en photo avec son bonnet de Noël et la banderole « Noël en juillet à Vegas » en hurlant sur un employé pour qu’il sourie en arrière-plan. Parce que, bien sûr, elle a besoin de tout magnifier pour sa joyeuse image irréprochable, bien qu’imparfaite.

Au moins, ça me laisse une minute pour trouver l’échappatoire parfaite.

Je remonte mes lunettes sur mon nez et jette un regard furtif sur le côté. Et si je me glissais sous la table basse ? Trop dramatique. D’autre part, si les crevettes me tombaient dessus, je sentirais les fruits de mer jusqu’à la fin de mes jours. À la place, je force ma TGH (Tête de Garce Habituelle), comme l’appellent mes sœurs, à esquisser un faux sourire.

— Salut, Marion. Je dois encore m’enregistrer à l’hôtel.

Je pointe du doigt ma petite valise usée et pars précipitamment avant qu’elle puisse me balancer en plein visage son enthousiasme simulé et ses compliments ambigus.

Le parfum séduisant au muguet de l’hôtel Las Vegas, avec sa pointe entêtante de musc, m’explose au visage tandis que j’esquive de justesse un couple qui s’embrasse tout près du sapin de Noël géant.

— Vraiment désolée.

Pas de réponse.

Le voile de la mariée tombe par terre et les mains de l’homme descendent dans son dos. Même si les marques d’affection en public ne sont pas mon truc, et qu’il n’y a pas assez d’heures dans mes journées pour que je me mette en couple, un désir familier frappe ma poitrine.

Idiot de cœur.

— Le conte de fées dans la ville du péché, ricane une voix rauque et douce à côté de moi.

Son eau de Cologne à la bergamote et au bois de santal m’attire vers lui.

Je me retourne et lève le menton.

Oulala.

Un regard de braise est braqué sur moi. Je réajuste mes lunettes.

Si les yeux sont le reflet de l’âme, alors cet homme propose exactement ce dont j’ai tant envie : une passion torride qui me satisfera et m’épuisera totalement.

Or, j’ai désespérément besoin de sommeil.

Qu’est-ce que ça peut faire qu’un homme ne m’a pas regardé comme ça depuis une éternité + un jour ? Et une éternité que je n’aie pas été intriguée par une nuit de sexe.

Éloigne-toi de cet inconnu diablement sexy, Aisling.

Après tout, j’ai écouté assez de podcasts de crimes pour savoir qu’il ne faut pas parler aux inconnus. Pas vrai ?

Bon.

Je me tiens droite.

— Un conte de fées… pour le moment peut-être.

Au moins, ma voix basse ne trahit pas mon manque d’affection. Cependant, ma façade impassible de pro se fissure légèrement alors que mon cou s’embrase, trahissant sûrement un rougissement. Je remonte à nouveau mes lunettes et affiche une mine boudeuse, comme à mon habitude.

Il arque un sourcil.

— Ça peut être bien aussi.

Pourquoi sa voix grave me donne-t-elle si envie de lui dire que j’ai été vilaine cette année ? J’ai des papillons dans le ventre. Une petite minute… quoi ? Je n’ai jamais de papillons dans le ventre. Va-t’en tout de suite, Aisling ! Une alarme dans ma tête retentit mais mes pieds doivent être fixés au sol avec la meilleure colle alimentaire, car je suis incapable de bouger.

Au lieu de ça, je m’imprègne de chaque détail séduisant : son menton pointu recouvert d’une barbe de trois jours, son sourire satisfait comme s’il savait et adorait les pensées qui me venaient, son nez légèrement crochu qui lui donne un air bourru.

Son polo met en valeur ses larges épaules et… est-ce un pin’s d’Elle Woods sur son col ?

— Fan de La Revanche d’une blonde ?

Je plisse les yeux, son rire devrait être enregistré pour en faire une sonnerie de téléphone.

Il passe les doigts sur le pin’s.

— Ouaip. On me l’a offert et je le porte tout le temps.

La personne qui l’accompagne lui a sûrement offert. Quand la réalité revient au galop, Aisling… Je suis sur le point de m’éloigner lorsqu’il ajoute :

— Ma grand-mère me connaît bien.

Mes doigts jouent avec le bracelet que feu ma grand-mère m’a offert.

— C’est un bon film, dis-je après quelques secondes.

— Un classique.

Il rit de nouveau, mon regard passe du pin’s à ses bras musclés. Combien de tatouages possède cet homme ? Suis-je en train de saliver devant ses avant-bras et… ses mains ? De puissantes mains, compétentes, pleines de promesses et qui tiennent un des sacs promotionnels de la conférence annuelle Ange ou démon de Triple O que j’ai aperçue dans le hall d’entrée.

Je possède trois de leurs sextoys et ils tiennent leurs promesses.

— J’adorerais en avoir un, lâché-je avant même de me rendre compte de ce que je dis.

Un coin de sa bouche se recourbe en un demi-sourire plein d’assurance.

— Un orgasme ?

Pourquoi cela sonne-t-il comme une promesse ?

Le visage rouge, je pointe sa main du doigt.

— Un sac, je veux dire.

Il se penche en avant.

— Il est à toi.

Son haleine est mentholée et je suis tentée de sentir la mienne. Tandis qu’il passe doucement l’anse du sac autour de mon poignet, ses doigts effleurent ma peau et… Salut, désir, mon vieil ami. Ça faisait un bail.

Je me racle la gorge.

— Merci.

Les papillons qui battent gauchement leurs ailes dans mon ventre réclament que j’envoie valser toutes responsabilités et prudence, et que je lui propose de faire connaissance autour d’un dîner, d’un baiser, d’une nuit avec moi. Cependant, je les écrabouille.

Être « spontanée » n’est pas sur ma liste de choses à faire. Ni lui. Lorsque je tourne les talons, une marée de gens m’interrompt dans ma fuite. Ils affluent vers une pancarte géante où se lit : « Rencontrez Grant Torre, votre père Noël de la journée. »

— Grant ! J’arrive !

Une femme me bouscule et les bras musclés de l’inconnu se faufilent autour de ma taille pour éviter que je tombe. Mon corps fond contre le sien, ma valise me glisse des mains et s’écrase par terre. Une autre femme la piétine.

— Attention !

À contrecœur, je me détache de l’inconnu.

Alors que la foule se disperse pour chercher Grant Torre, je ramasse ma valise.

Des vibros, des plugs anaux et des menottes en dégringolent.

La mâchoire m’en tombe. Comment ? Quoi ? Pourquoi ?

Sans un mot ni même un ricanement, l’homme s’accroupit pour les remettre dans le bagage.

— Je… je m’en occupe, lui dis-je avec un tel pragmatisme, une telle voix monotone, comme si ça m’arrivait tous les jours, que je me taperais bien dans les mains si elles n’étaient pas pleines de sextoys Triple O.

— Tu voulais mon sac alors que tu avais tout ça ?

— Ce n’est pas à moi.

Je range les godemichets dans la valise avant de me frotter la ride du lion. Toutefois, cela ne calme pas ma migraine lancinante.

— J’ai supposé qu’ils n’étaient pas tous à toi. À moins que tu sois une vendeuse. Ou un mannequin pour…

Sa voix s’éteint tandis que je lutte pour prendre une grande inspiration. Je prends conscience que mes projets pour la compétition À vos cuillères tombent à l’eau, tout ça parce que ma valise est bien trop commune.

— Non, non, non, marmonné-je.

Terrifiée, j’ai l’impression qu’une main empoigne ma gorge et m’étrangle. Ma valise aurait dû être calée dans le compartiment au-dessus de ma tête mais, en raison d’un manque de place, la compagnie aérienne l’avait mise en soute. Au retrait des bagages, il devait y avoir trois valises bleues aussi vieilles que la mienne. J’avais noué l’un des rubans d’Ava à la poignée mais il n’était nulle part en vue.

Par conséquent, l’individu qui a pris ma valise est désormais en possession de tous mes fidèles ustensiles de cuisine, alors que moi, je me retrouve avec toute la nouvelle gamme de Triple O.

Je ne vais pas être capable de préparer une pièce montée de trois étages, recouverte d’un glaçage en pain d’épices, avec un stimulateur clitoridien.

Une victoire chez À vos cuillères et votre pâtisserie est inondée de commandes. J’ai besoin de ces commandes, surtout que j’essaie de faire de ma pâtisserie la référence pour les fêtes sur la côte Est.

— Ça va ? demande l’inconnu qui n’en a plus l’air d’un en posant les mains sur mes épaules.

La vague de panique s’éloigne. Est-ce un magicien célèbre à Las Vegas ? Je pourrais être sa marionnette de ventriloque. Il pourrait faire ce qu’il veut de moi avec ces mains.

— Je dois y aller.

Si je ne pars pas, je pourrais soit pleurer dans ses bras, soit lui demander de monter dans ma chambre. Hors de question.

À la place, je garde la tête haute et me dirige tranquillement vers la réception, comme si tout allait comme sur des roulettes.

Après tout, je suis sûre que je ferai le gâteau parfait… peu importe les circonstances.

Comme Marion Sinclair dit toujours dans ses vidéos : ça va être « la crème de la crème. »

***

Cinquième. J’ai fini cinquième de la compétition.

Malgré le fait que je cache ma déception dans le bar loin du hall d’entrée, Marion s’installe à côté de moi. Son radar, qui repère quand je suis désespérée et que je n’ai pas du tout envie de la voir, s’est affiné au fil des ans. Elle me touche le bras d’un air : « Oh ma pauvre Aisling » ; je devrais obtenir des points supplémentaires pour ne pas déguerpir.

— Tu es une guerrière de venir jusqu’à Vegas alors que tant de gens annulent les commandes chez toi.

— L’imprévisibilité des affaires.

Mince. Ma voix s’est-elle faite aiguë ?

— Bien sûr. Mais avec ce qui s’est passé avec ta sœur, qui s’est fait plaquer le jour de son mariage, et ton gâteau signature, le croquembouche, qui s’est transformé en recette pour malheur conjugal…

— C’est toi qui l’as appelé comme ça.

— Oh, c’est vrai. N’est-ce pas ?

Elle sirote son cocktail rose pétant.

— Cette publication a reçu tellement de j’aime. Je n’ai pas pu répondre aux centaines de commentaires.

La lueur dans son regard m’indique qu’elle s’attend à ce que je perde mon calme à tout moment. Cependant, en grandissant, mes sœurs ne m’ont pas surnommée « Miss Parfaite » pour rien. Aisling O’Connor ne perd pas son sang-froid, surtout en public.

— Je ne suis pas ton compte. J’ai dû la voir parce que c’est l’une de ces publications sponsorisées pour lesquelles tu dépenses une tonne d’argent. Tu n’as pas eu des problèmes avec ça avant ? Sur le fait de ne pas être transparente avec tes abonnés ?

Avant qu’elle puisse répondre, je poursuis :

— Je suis tellement heureuse de revenir cette année.

Menteuse, menteuse, si tu mens, tu iras en enfer, chante la voix dans ma tête, ressemblant beaucoup à ma fille de cinq ans.

— Vous avez tous fait du super travail.

Ma voix est plus posée, plus assurée. J’ai tout sous contrôle sauf mes cheveux auburn qui gonflent de partout et mes lunettes qui n’arrêtent pas de glisser.

Mon téléphone vibre dans ma poche.

— Je dois prendre cet appel, dis-je en agitant le portable dans les airs. Amuse-toi bien ce soir. Désolée de ne pas pouvoir rester.

Encore des mensonges.

— J’espère qu’on se reverra bientôt.

Mon détecteur de conneries sonne si fort que je suis surprise qu’il ne déclenche pas l’alarme de l’hôtel. J’attends qu’elle et le groupe soient sortis du bar, puis vérifie que personne ne se trouve trop près avant de répondre au coup de fil.

Le visage de maman apparaît sur mon téléphone tandis que le barman glisse vers moi le lait de poule que j’ai commandé.

— Comment ça s’est passé ?

C’était une perte de temps, d’argent et d’estime de soi. Mais je ne peux pas dire ça.

— Super.

Un autre mensonge.

— C’est génial. Qu’est-ce qu’ils ont pensé de ton nouveau gâteau à étages ?

— J’ai dû changer mes plans.

Ma valise n’est jamais arrivée. Non seulement j’ai dû changer de recette mais j’ai aussi dépensé de l’argent que je n’avais pas dans de nouveaux vêtements.

— Ils ont adoré la démonstration du fondant.

Faux.

— Et… ?

Je soupire.

— Je rentre demain matin. J’ai failli me qualifier pour l’ultime compétition d’À vos cuillères… mais… tu vois… une prochaine fois.

— Bien sûr.

Maman utilise ce fameux ton « tu peux le faire, mon bébé ! », même si j’ai eu trente ans l’année dernière.

— Ava voulait te redire bonne nuit.

Maman tend le téléphone à ma fille.

— Je t’aime, maman. Amuse-toi bien à Fess Vegas.

— Las Vegas.

— Mmh mmh. Bonne nuit, maman.

— Bonne nuit, Ava, ma chérie.

Je me force à paraître enjouée mais en raccrochant, des vagues d’intense déception me submergent. Les mots des juges résonnent dans mon esprit : « Trop prudent », « Trop fade », « Trop prévisible. »

La seule raison pour laquelle les gens s’approchaient de mon stand, c’était pour m’inonder de questions au sujet de ma sœur, Sorcha, qui s’est fait jeter devant l’autel et qui est devenu célèbre avec le hashtag #lafiancéesurlatouche.

Un type qui a dû se baigner dans du parfum envahit mon espace personnel. Le bar n’est pas bondé et il n’a pas besoin d’être si près de moi. Sur son t-shirt se trouve un père Noël bourré qui dit « Viens sur mes genoux. » Classe. La façon dont il reluque mon décolleté me fait vraiment flipper et l’agacement s’empare de moi.

Il pose la main sur le dossier de ma chaise.

— On dirait que tu as besoin d’un autre verre.

Même son ton est glauque. M’occuper de lui maintenant a l’air aussi attrayant qu’écouter Marion me répéter pourquoi elle aurait dû gagner cette compétition de pièce montée il y a dix ans.

Je carre les épaules et me lève.

— En fait, je retrouve quelqu’un.

Je me précipite vers le fond du bar, agitant la main comme si je voyais la personne que j’attendais.

Un homme avec une barbe de trois jours et un regard de braise me salue en retour.

Mon cœur accélère avant de s’arrêter en crissant.

Lui.

Il s’est changé, il porte un pantalon foncé et une chemise habillée grise, les manches remontées. Il a toujours ce petit pin’s rose.

— Dis le mot et je l’escorte à l’autre bout du monde.

Ma première réaction est de carrer les épaules. Je n’ai pas besoin de m’enfuir et je n’ai pas besoin d’aide.

— Je peux m’occuper de lui.

Toutefois, ma voix est aussi exténuée que moi. Regard de braise ne me prend pas de haut, il me regarde comme s’il me comprenait. Et qu’est-ce que je suis en train de faire ? Suis-je en train de basculer dans mon roman d’amour préféré ? Cette journée a vraiment des effets négatifs sur moi.

Regard de braise incline la tête.

— Un mot et il sort.

Mec louche s’éclaircit la gorge derrière nous.

— Eh, chérie, tu es un lutin du père Noël ? J’ai quelques souhaits que tu pourrais m’aider à exaucer.

— Euh. Mot, répliqué-je.

Regard de braise jette à Mec louche un regard qui lui dit de décamper et fait un rapide geste de la main. Un homme qui pourrait être de la sécurité s’approche de Mec louche, qui part sans protester.

— Il ne t’embêtera plus ce soir, ni toi ni personne.

Sa façon de le dire est rassurante.

— Merci.

J’arque un sourcil et il m’imite, avant d’incliner un chapeau imaginaire avec ce sourire en coin assuré que j’ai déjà remarqué. Je remarque beaucoup trop de choses chez lui.

Il m’observe d’une telle façon que je pourrais prendre feu sur place.

— J’ai mes talents. À ton service.

Sa voix rauque me fait de l’effet. Est-ce ce qu’il dit ça au lit aussi ? Je l’imagine brusque et doux, autoritaire et généreux. Il faut que je me reprenne.

Ou pas.

J’incline la tête.

— Tu es un tueur en série ?

Il hausse un sourcil amusé.

— Non.

— Marié ? Fiancé ? Tu fréquentes quelqu’un ?

— Non. Non. Et non.

— Moi non plus.

Parce que je me cambre rien qu’en pensant à la sensation de cette barbe de trois jours sur ma peau. Parce que personne n’a à le savoir. Et parce que je ne le reverrai jamais… Je jette par la fenêtre ce qu’il me reste de prudence quand le désir m’enveloppe.

— Je peux t’embrasser ?

— Je peux t’embrasser aussi ?

Son regard s’abaisse sur ma bouche et mon souffle se coupe.

— Oui.

— Alors, oui, je t’en prie.

Je touche son visage et nos lèvres se trouvent. Hésitantes au début. Mais quand sa main puissante m’attire tout près, mon corps se fond contre lui… tout chez lui…

Je lâche un petit gémissement, enivrée de désir. Il pousse un grognement qui me fait fondre comme un gâteau au cœur coulant.

Oubliée, l’hésitation. Il me savoure comme si j’étais son petit four préféré. Et j’ai soudain envie de passer au dessert.

Sa langue danse avec la mienne, ou la mienne danse avec la sienne. Son haleine sent le chocolat, le Grand Marnier et la promesse d’une nuit torride et passionnée.

Ses mains entourent mon visage.

— C’est quoi ton nom ?

— Bond. Jamie Bond, soufflé-je ce faux nom avec un sourire.

Son rire détend mes épaules et relâche la tension que je gardais depuis si longtemps. Il devrait payer mon assurance pour thérapie physique. Sa main se glisse dans mes cheveux, ferme et assurée, pendant que ses lèvres descendent sur ma clavicule.

— Comment tu t’appelles ? demandé-je, le souffle coupé.

— Thor.

Une image du dieu du tonnerre avec son gros marteau apparaît dans mon esprit en m’approchant d’un centimètre. Je bouge les hanches imperceptiblement pour sentir à quel point cet homme a envie de moi et s’il correspond à la description.

— À cause de son marteau ? lâché-je.

La façon dont il hausse ce sourcil prétentieux, sans rien nier, me fait glousser. Un gloussement léger et insouciant qui me surprend. À quand remonte la dernière fois que j’ai gloussé comme ça ?

— Ce n’est pas la réaction que j’attendais, marmonne-t-il avant de m’asséner un autre sourire en coin.

Les papillons dont j’avais oublié l’existence battent frénétiquement des ailes.

Il est le parfait remède à cette horrible journée, cet affreux mois, cette terrible année.

— Allons-y, Thor.

Je le tire vers la sortie, loin de la musique de Noël et des lutins déguisés pour un enterrement de vie de jeune fille qui viennent d’entrer dans le bar. Un ballon de baudruche, stressé et fébrile, flotte dans mon ventre et remonte dans ma poitrine tandis que nous nous dirigeons vers les ascenseurs. Par chance, ce ne sont pas les ascenseurs en verre qui me font paniquer. Je supporte mon vertige tant que je ne vois pas à quelle hauteur je suis.

Nous grimpons. Il appuie sur l’étage des suites et je m’abandonne dans son étreinte grisante. Tout à coup, l’ascenseur tressaute et… s’arrête. Les lumières clignotent. Impossible de dire si nous sommes coincés au troisième ou au quinzième étage. Inspirant profondément, je concentre toute mon attention sur lui.

Il se frotte la nuque et un éclair de panique passe sur son visage.

Une voix métallique résonne dans les haut-parleurs :

— Veuillez nous excuser. L’ascenseur refonctionnera dans quelques minutes.

Il ne dit pas un mot. Ne bouge pas. Sa mâchoire s’active comme s’il la contractait trop fort.

— Thor ?

— Dis quelque chose… n’importe quoi…

Sa voix est tendue.

— Jacuzzi ou yeux bandés ?

Il lâche un petit rire et je me sens puissante.

— Comment… comment tu sais que j’adore ce jeu ? Yeux bandés dans le jacuzzi.

L’ascenseur sursaute encore avant que je puisse répondre. Il ouvre les yeux, qui brillent d’une lueur sauvage.

— Et puis merde, grogne-t-il. J’ai envie de toi. J’ai besoin de toi.

Son ton résonne profondément en moi.

— Chèvrefeuille, murmure-t-il contre ma peau en embrassant ma mâchoire. J’adore.

Il inspire profondément comme pour mémoriser mon parfum.

Avant que je puisse ajouter quoi que ce soit, sa bouche réclame à nouveau la mienne. S’il était en feu avant, c’est à présent un brasier. Me plaquant contre le mur, ses mains sont partout. Elles déboutonnent le haut de ma robe, se glissent sous l’ourlet et me touchent d’une manière dont je me souviendrais pendant des années. Sa barbe de trois jours écorche la peau délicate de mes seins, intensifiant les sensations. Ses doigts trouvent l’endroit qui est plus que prêt pour lui. Quelque chose vibre dans l’air. Mes yeux s’écarquillent.

— J’ai peut-être gardé un petit jouet.

Il retire le plastique de l’autre main. Entre son corps imposant contre le mien, son marteau dur contre ma cuisse et le vibromasseur qui m’envoie des décharges électriques, je perds tout le contrôle qu’il me restait.

Je descends un grand huit de pure extase. C’est trop rapide. Trop spontané. Trop… bon. Les picotements s’intensifient alors que sa bouche descend, agaçant tous mes points sensibles.

— Jamie Bond… Tu es plus que prête pour moi. Mais…

Il me mord sous le cou et ajoute du mouvement au sextoy.

— … les femmes d’abord.

Ce doit être l’aspect anonyme de tout ça. Savoir que je ne reverrai jamais cet homme dangereusement sexy. Savoir que ce moment n’est que pour moi… pour nous. Un fantasme et rien d’autre. Les palpitations de mon entrejambe me forcent à m’accrocher à ses larges épaules. Je regarde dans ses yeux sombres pleins de désir. C’est bestial. Enivrant.

— Tu…

Sa voix respire la luxure, sa main caresse son marteau par-dessus son pantalon. Le voir m’observer et avoir autant envie de moi transforment les picotements en ouragan électrifié, sur ma peau et en moi. Le corps assailli d’énergie, mes cris sont étouffés par un autre baiser fougueux. J’ai le souffle coupé et ne m’en suis pas encore remise mais il me soulève et se plaque contre moi, prolongeant le plaisir.

L’ascenseur tressaute à nouveau et sa mâchoire se contracte. Sa tête s’abaisse contre la mienne et il inspire profondément, s’accrochant encore plus à moi.

Une voix métallique nous interrompt.

— Merci de votre patience.

Nous nous fixons comme pour nous demander si ça a tout gâché. Je désire peser le poids de son corps sur moi, être enveloppée de son bois de santal et sa bergamote sensuelle, explorer de mes lèvres chaque centimètre de son corps et sentir ses coups de rein en moi.

— J’ai envie de plus, murmuré-je.

— Béni soit le dieu du tonnerre.

La porte de l’ascenseur s’ouvre et une voix qui hante mes cauchemars atteint mes oreilles :

— Je viens !

C’est moi qui ai dit ça.

Marion Sinclair, qui devrait être de sortie avec le groupe, entre dans l’ascenseur et me regarde moi puis… Thor. Avant qu’elle puisse dire quoi que ce soit qui pourrait gâcher ce moment en révélant mon identité, je marmonne une excuse et me précipite vers la sortie, espérant qu’il me suive. Cependant, c’est elle qui est sur mes talons, pas lui.

— Attends, il faut que je te parle.

Sur ces mots, Marion Sinclair gâche tout.

Encore une fois.

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Le Journal de #LaFiancéeSurLaTouche: Trois choses pour lesquelles je suis reconnaissante…

Aujourd’hui, je partage une entrée supplémentaire du journal intime de Sorcha (alias #LaFiancéeSurLaTouche),

L’histoire de Ryan & Sorcha dans le livre se déroule fin décembre, mais Sorcha écrit dans son journal intime depuis que Nathan l’a plaquée devant l’autel. Voici son entrée du 21 septembre :-).

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Cher journal, Cher lecteur inconnu du futur, Cher extra-terrestre archivant des informations sur l’humanité,

Pourquoi tous mes dessins sont-ils si merdiques en ce moment ?

L’esquisse de robe que je viens de finir il y a quelques minutes ressemble à de la merde. Littéralement. Une montagne de merde. Et je suis généreuse. C’est trop et pourtant pas assez. Même Tiramisu a tourné le dos au papier sur lequel il aime habituellement se coucher.

C’est le cinquième design que je dois mettre à la poubelle aujourd’hui. Devrais-je les compter pour rayer « Concevoir 5 robes de mariée de plus » de ma « liste des 31 choses à faire avant le 31 »? Peut-être. Nous verrons bien. Je retenterai ma chance demain, même si depuis que Nathan a sauté sur son cheval et m’a plaquée devant l’autel, l’inspiration fait défaut.

C’est la litote du siècle.

Mon inspiration et le talent que j’avais ont sauté derrière #FiancéEnCavale et on ne les reverra plus jamais.

Une autre création mord la poussière.

Il est temps de passer à ma liste. Parce que c’est l’une des rares choses que je peux contrôler. Enfin, au moins un peu.

Nous sommes le 21 septembre et depuis deux mois, dans le cadre de ma liste, j’écris chaque soir trois choses pour lesquelles je suis reconnaissante.

Alors c’est parti pour aujourd’hui.

Trois choses pour lesquelles je suis reconnaissante :

Réfléchis, Sorcha, réfléchis. Tu as souri au moins une fois aujourd’hui. Arrête de fixer tes dessins merdiques et réfléchis.

Ok.

  1. J’ai pris un latte au potiron et un scone au potiron après le déjeuner. Aisling essaie encore une autre recette et elle ne manque pas d’inspiration. Le glaçage qu’elle a ajouté sur le dessus avec de la vanille est délicieux ;
  2. Ava et moi avons regardé cette émission de pâtisserie qu’elle adore avec l’acteur pour lequel Aisling a totalement le béguin (je dois lui écrire une lettre ou un email) ;
  3. La mère de Ryan m’a dit que sa thérapie physique semble fonctionner. Oui. Savoir que Ryan se sent mieux me fait sourire. Mais c’est parce que je suis une personne sincèrement gentille, n’est-ce pas ? Pas parce que les papillons dans mon estomac pensent à prendre un cours de danse pour valser à chaque fois que je pense à Ryan.

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Les 3 premiers chapitres de LA PEUR EN PLEIN CŒUR…

Découvrez l’histoire de Lacey et Hunter dans LA PEUR EN PLEIN CŒUR, le troisième opus de la série Gavert City. Amazon.fr – iTunes – Kobo – Fnac – GooglePlay

Lisez les 3 premiers chapitres ci-dessous ❤

CHAPITRE 1 — LACEY

Un mois plus tôt…

Les marguerites sur la tombe de ma mère me rappellent les jours heureux.

Avant qu’elle ne se perde dans les promesses dangereuses d’un homme.

Avant qu’elle ne le regarde impassible, presque souriante, m’insulter, me donner des coups de pied et me casser des côtes.

Avant qu’elle ne parte en nous abandonnant à la mort, moi, mon frère, ma petite sœur et tant d’autres dans un bâtiment en feu.

La plupart d’entre nous ont survécu, mais trois n’ont pas réchappé aux flammes.

J’effleure les fleurs fraîches du bout des doigts et un souvenir heureux s’engouffre dans mon esprit sans y être invité.

Quand j’avais huit ans, ma mère m’a emmenée à ma première et unique journée de pêche. Notre mobile home était plongé dans l’obscurité quand elle s’est assise à côté de moi et m’a secoué l’épaule pour me réveiller. Les nuages masquaient le clair de lune. Elle n’avait pas encore rencontré Abram. Abram et son tissu de mensonges dissimulé derrière un visage séduisant et l’assurance d’un avenir meilleur. Abram, en réalité le guru d’une secte qui s’était baptisée le Cercle et un assassin qui a broyé mes espoirs et mes rêves, donnant un tout nouveau sens à la notion d’obscurité.

– Ça va être une journée de pêche miraculeuse.

Sa voix était haut perchée et ses yeux avaient du mal à faire le point, mais je me souviens avoir souri tant j’attendais ce jour avec impatience. Elle m’avait promis que nous irions pêcher. Je croyais encore à ses promesses.

Elle riait fort et sans retenue. Mon cœur s’est serré. D’habitude, elle ne riait ainsi que dans l’ivresse. Mais son haleine sentait le dentifrice, pas l’alcool, aussi mes épaules se sont lentement détendues. Ses longs cheveux bruns étaient gras comme les miens, et nous étions mal fagotées. Mais je m’en fichais. Nous allions à la pêche.

Mon petit frère a bougé dans le lit superposé au-dessus du mien et a demandé s’il pouvait venir avec nous, mais elle lui a répondu que c’était une journée mère-fille. J’ai promis de tout lui raconter. Il a haussé les épaules comme s’il s’en fichait, mais je le connaissais. J’avais en partie envie qu’il nous accompagne, car le nouveau mari de maman ne s’occupait pas de lui, mais j’avais encore plus envie de cette journée mère-fille. Les moments que nous passions ensemble, juste toutes les deux, étaient si rares.

J’ai mordu dans la gaufre qu’elle m’a tendue en grimaçant, car elle était à moitié congelée. Mais je ne me suis pas plainte.

– On va s’amuser, je te le promets, ma petite fille.

Les mots sont sortis de sa bouche plus vite que la fois où nous avons dû nous enfuir en courant du restaurant parce qu’elle n’avait pas d’argent sur elle.

J’ai acquiescé. Et une lueur d’espoir m’a gonflé la poitrine d’allégresse. J’espérais encore à l’époque. J’avais encore confiance en elle. Quand nous sommes arrivées au lac une heure plus tard, le soleil matinal perçait à travers les nuages. Elle s’est garée, a ouvert le coffre, et a regardé à l’intérieur, vérifiant de nouveau. Puis elle s’est tournée vers moi, le visage renfrogné, expression synonyme d’un gros problème.

– Où as-tu mis le matériel de pêche ?

Je n’avais aucune idée de ce dont elle parlait, mais elle gesticulait dans ma direction, en élevant la voix.

– Je t’ai demandé de le mettre dans la voiture. Ce matin.

– Maman, tu ne m’as rien dit, j’ai murmuré plus pour moi que pour elle.

Elle a serré les poings, inspiré à fond, m’a saisi la main et nous avons marché jusqu’au lac. Son air renfrogné s’est mué en froncement de sourcils et j’ai mieux respiré.

– On peut quand même pêcher du poisson ?

J’avais appris à ne pas poser trop de questions, mais je voulais vraiment savoir.

Elle a soupiré et s’est posée dans l’herbe.

– On pêchera une autre fois… aujourd’hui, je vais te montrer un truc que ma mère m’a appris.

Elle m’a tirée à côté d’elle. Ses mains tremblaient, mais elle a cueilli des marguerites que je n’avais pas remarquées jusqu’alors, et elle m’a montré comment les tresser pour confectionner une couronne.

Quand j’ai posé sur ses cheveux la couronne que j’avais tressée, ses lèvres ont tremblé.

– Tu es ma petite fille et je t’aime. Je te promets que ce serait différent cette fois.

Mais non.

Je caresse délicatement les pétales blancs.

Je ne lui ai pas apporté de fleurs depuis ma sortie de l’hôpital et je doute que ce soit mon frère qui ait fleuri sa tombe. Peut-être ma petite sœur, avec sa famille d’accueil.

Un papier froissé est attaché aux tiges par une ficelle. Sans doute Lila qui a écrit Je t’aime à notre mère. Elle lui fait des dessins et griffonne des mots qu’elle range dans une boîte à chaussures. Ça fait partie de son travail de deuil. Quel est le mien, je l’ignore toujours. Le chagrin me saisit encore au hasard et alors, le poing de la culpabilité et des regrets me serre la gorge. Ce n’était pas une bonne mère. Mais je veux croire qu’elle a essayé de nous sauver. Je veux croire qu’elle est morte parce qu’elle voulait nous sauver.

Je le déplie. C’est toi qui l’as tuée.

Je retiens mon souffle et jette un regard par-dessus mon épaule, d’un côté puis de l’autre. Il n’y a personne dans les parages. Mes mains tremblent et le papier tourbillonne dans les airs et atterrit à mes pieds. Je le ramasse prestement avant qu’il ne s’envole et le fourre dans la poche arrière de mon jean. Personne d’autre n’a besoin de le voir.

Je ne remets des jeans que depuis quelques mois, mais la sensation étrange du denim contre ma peau n’est pas la raison de ma chair de poule. D’anciens membres de la secte ont fracassé sa stèle. D’autres viennent la vénérer. Pour certains, c’est une meurtrière de sang-froid de la même espèce qu’Abram. Pour d’autres, c’est une martyre incomprise qui s’est sacrifiée pour sauver Abram.

Quoi qu’il en soit, je suis certaine que c’est lui qui lui a tiré dessus.

Je sais dans mon cœur et mon esprit qu’il l’a tuée parce qu’elle avait compris ce qu’il tramait. Elle est sortie de l’état d’hébétude où la plongeait Abram et elle a tenté de nous sauver.

Je ne le saurai jamais.

Abram est en prison et il n’a pas avoué le crime.

Je m’accroupis pour être à la hauteur de sa pierre tombale, celle que Luke a choisie pendant que j’étais à l’hôpital.

– Maman…

Je m’interromps, ne sachant quoi lui dire. Pour moi, c’est toujours ma mère. Malgré tout. C’est toujours celle qui m’a appris à faire du vélo et a failli m’emmener pêcher un jour.

Même si le cimetière est désert à une heure si matinale, je baisse la voix jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un murmure.

– J’emménage sur le campus demain, maman. J’ai été admise. Je t’ai dit que je voulais être enseignante, eh bien je vais l’être.

Ce que je ne lui dis pas, c’est que je ne suis pas sûre de pouvoir oublier le passé un jour. Je ne lui dis pas que je redoute de voir un nouveau rêve se briser. Je veux être aussi pleine d’espoir que lorsque je me suis réveillée pour la journée de pêche, mais les années passées dans le complexe m’empêchent de dormir.

Et quand j’arrive à m’endormir, mes cauchemars sont bien trop réels.

Les coups de feu. L’incendie. Les appels au secours.

Mon propre hurlement quand j’ai sauté de la maison en feu.

J’ai vingt ans et je devrais être excitée par la perspective de vivre sur un campus, de recommencer à zéro et de toucher au but après avoir travaillé si dur pour obtenir mon diplôme d’études secondaires, et suivi des cours d’été à la fac. Et même si la période où j’ai fait la une des journaux m’a plus angoissée qu’autre chose, cela m’a permis d’obtenir une bourse d’études.

Et puis, Hunter sera sur le campus. Hunter qui m’a rendu visite à l’hôpital tous les jours. Hunter qui m’a sauvée des flammes. Hunter qui m’aide parfois à tenir les cauchemars à distance.

Le vent se lève. Et mes poils se hérissent. Je me retourne lentement. Appuyé contre un arbre, il y a un homme qui n’était pas là tout à l’heure. Il a l’air grand, mais il est loin et je ne distingue pas la couleur de ses cheveux car il porte une casquette. Mon cœur s’affole. Je me lève, fouille dans mon sac, mon téléphone ne s’y trouve pas. Je l’ai laissé dans la voiture. Évidemment. Mon oncle et mon frère me répéteraient pour la énième fois que je dois toujours l’avoir sur moi. C’est tout l’intérêt d’un portable. L’adrénaline se décharge dans mes veines et je me tiens prête à sprinter dans la direction opposée.

C’est peut-être le père de Charlotte. Mais j’ai une ordonnance restrictive contre lui.

Je plisse les yeux. Il semble m’observer, puis il se détourne et s’agenouille près d’une tombe dont il arrache les mauvaises herbes.

Mon cœur bat encore trop vite, mais il ne tambourine plus. Je secoue la tête. Quand vais-je arrêter de paniquer chaque fois que je surprends le regard d’un inconnu posé sur moi ?

Tu seras une merveilleuse enseignante. La voix de ma mère résonne dans ma tête. Elle m’a dit ça avant Abram, quand je faisais la classe à une rangée de verres à pied en guise d’élèves, après qu’elle ait vendu mes deux poupées et toutes mes peluches — même Tonnerre, mon ours préféré. Tu leur feras comprendre le monde. Je jette un dernier coup d’œil à sa tombe, me forçant à ne pas regarder en direction de l’homme.

Je veux croire qu’elle serait heureuse pour moi. J’ai besoin de croire que je peux réussir.

Le ciel vire au gris et j’accélère le pas. Une fois sur le parking, j’aperçois ma voiture et je respire mieux. Je me glisse sur le siège. Mon téléphone est dans le compartiment où je l’avais laissé. Un paquet Bienvenue sur le campus, Bison dépasse de ma sacoche d’ordinateur. Je l’arrache et je le regarde fixement. Mes lèvres esquissent un petit sourire.

Je vais prouver que mon beau-père a tort.

Je vais arranger les choses.

Je vais m’en sortir.

CHAPITRE 2 — LACEY

– Mlle Simon ? Mlle Simon ?

J’ouvre les yeux en grognant. Et ce n’est pas l’un de ses grommèlements discrets que personne n’entend à part peut-être votre voisin. Non, c’est un grognement sonore. Une vague de chaleur s’engouffre dans mes joues, je me sens cramoisir. Je viens de renâcler bruyamment devant les quatre-vingts autres étudiants du cours d’introduction à la psychologie de l’enfant. J’ai peut-être ronflé aussi. Espérons qu’ils ne m’ont pas entendue.

Mais les rires étouffés dans mon dos suggèrent le contraire.

Je ne dois pas m’affaler sur mon siège.

Ils ne peuvent pas voir l’émotion qui m’étreint la poitrine ni les pensées qui tourbillonnent dans ma tête. Si j’arrive à garder les épaules droites et la tête haute, je peux faire illusion, ne pas montrer que je suis en train de foirer ma vie et mes études.

Quand je suis arrivée sur le campus, je pensais que tout allait s’arranger. Adieu les cauchemars. Adieu les doutes. J’allais me faire des amis. J’allais décrocher des bonnes notes et figurer au tableau d’honneur. J’allais croiser Hunter, l’inviter à sortir et ma vie serait belle.

Après tout, j’ai assuré dans les cours d’été. D’accord, j’en ai suivi la moitié en ligne, les effectifs étaient bien plus réduits et je n’avais pas encore découvert tous ces forums sur les sectes, mais quand même…

J’allais prouver que mon beau-père avait tort. Il m’a répété maintes fois que rester dans le complexe était plus sûr pour moi, que si je quittais la secte pour étudier et poursuivre mes rêves, je ne réussirais jamais.

Il m’a dit aussi que je ne m’intégrerais jamais.

– Mlle Simon. On en est à la page cinq.

Le professeur, M. Brashed, croise les bras sur sa poitrine, geste universel signifiant tu es dans la merde, et je me redresse en sursautant.

Je pensais que m’asseoir dans les premiers rangs m’empêcherait de m’assoupir, mais visiblement, je me trompais. C’est peut-être dû à l’odeur du produit nettoyant pour tableau blanc, au bourdonnement du projecteur ou au dysfonctionnement de la clim, parce qu’il fait très chaud dans cet amphi. Bref, je n’arrive pas à garder les yeux ouverts.

– Vous voulez bien répondre à la question ? demande-t-il.

Son ton n’est pas méprisant, juste un peu agacé. Je suis tentée de lui dire qu’il sait très bien que je dormais ; donc, non, je ne peux pas répondre à sa question. Mais j’ai déjà assez d’ennuis. Merde. Merde. Merde. Oups, j’ai failli le dire tout haut. Attitude désinvolte et jurons m’auraient valu une semaine de corvée de chiottes sur le complexe. Je plisse les yeux, mais il n’y a rien d’écrit sur le tableau blanc.

– Je ne suis pas sûre, je réponds d’une voix encore endormie.

Ce n’est pas bon. Ça fait la troisième fois que je m’assoupis dans ses cours. Il secoue la tête et s’éloigne. Ma voisine de droite griffonne un mot sur son cahier et le glisse vers moi. Piaget — avant tout interne.

Je me souviens d’avoir révisé un cours là-dessus hier soir avant de passer des heures à lire des témoignages sur le forum J’ai survécu à une secte, obnubilée par le fait que les membres reconstruisent le rêve glaçant de mon beau-père qui continue de les manipuler de la prison. Mais j’y vais surtout pour chercher des informations sur mon ami Noah — tout en redoutant d’en trouver. Je marche sur une corde raide, oscillant entre le désir impérieux de savoir où il est et le besoin troublant de concentrer mon attention sur tout sauf sur lui.

Quand il s’est fait bannir du complexe, je savais au fond de moi que c’était ma faute. Abram affirmait qu’il ne survivrait pas sans sa protection dans le monde extérieur, mais il devait avoir tort.

– Mlle Simon ? répète M. Brashed.

Ma voisine me donne un petit coup de coude et je chuchote merci, mais M. Brashed vient se planter juste devant nous. Il braque les yeux sur le cahier. J’avale une gorgée de mon gobelet de café, même s’il est froid.

Il arque un sourcil.

– Merci Mlle Garcia.

Il fait glisser le cahier vers elle, fronçant les sourcils si fort qu’ils se touchent presque.

– En effet, pour Piaget le développement est avant tout interne.

Il poursuit son cours, passe au slide suivant, et discourt quelques minutes encore sur les différentes théories avant de libérer les étudiants.

Je rassemble mes feuilles hâtivement, mais je ne suis pas assez rapide.

– Mlle Simon, attendez quelques instants.

Je m’interromps. L’amphi se vide tandis qu’il prend tout son temps pour donner des instructions à un étudiant diplômé, présent en classe avec nous aujourd’hui, sur la façon de préparer son prochain cours. Je devrais peut-être écouter pour prendre de l’avance ou rattraper mon retard, mais je n’entends que le tic-tac de l’horloge. Je ne peux pas arriver en retard au prochain cours. Après ce qui me paraît une éternité, trois minutes en réalité, il se tourne enfin vers moi.

– J’ignore ce qui se passe, mais ma classe n’est pas une extension de votre dortoir, dit-il en tapotant trois fois sur la table. Vous êtes ici pour apprendre.

– Je suis désolée.

Je lève la tête. Son ton est sec, mais il plisse les yeux comme s’il essayait de trouver la meilleure façon de me parler. J’ai entendu dire que les étudiants l’aiment bien même s’il note sévèrement, parce qu’il est généralement juste. Je croise les doigts en espérant qu’ils ont raison.

– Si vous avez besoin de soutien, sachez qu’il y a des personnes sur le campus qui peuvent vous en fournir. Vous pouvez vous adresser à votre conseiller, au responsable des études, au centre d’orientation.

Il ouvre la bouche comme pour ajouter autre chose, mais je le coupe.

– Oui, merci, dis-je en balançant mon sac volumineux sur mon épaule. Je vous promets que ça ne se reproduira plus.

– Bien, bien.

Il penche la tête et je vois bien qu’il ne me croit pas. Moi-même, je n’y crois pas vraiment. Mais je n’ai pas le temps de m’étendre sur le sujet. Il ne me reste que quelques minutes pour arriver à l’heure en cours de littérature anglaise.

Je suis à l’université depuis moins d’un mois, et je suis déjà en situation d’échec.

Peut-être que mon beau-père avait raison.

Je ne m’intègre pas.

Je grimpe en courant les escaliers de l’amphi, je me fraie un passage à travers les groupes d’étudiants, bavards et rieurs, qui encombrent le couloir, et je sors en trombe du bâtiment de psycho pour rejoindre le bâtiment d’anglais. Je fais une pause pour reprendre mon souffle. Je regarde l’allée principale, celle que je prends d’habitude. C’est beaucoup plus long par là. Ça peut prendre jusqu’à dix minutes pour aller d’un bâtiment à l’autre, car elle passe devant la grande bibliothèque et la machine à café. Le trajet est ralenti par les étudiants qui s’arrêtent pour discuter en allant en cours ou à la biblio. J’opte pour l’autre voie. La venelle étroite. Un raccourci. Presque toujours déserte. Comment aujourd’hui. Peu d’étudiants s’y aventurent. Mes muscles sont tendus. Si je ne prends pas le raccourci, je serai en retard. Une fois de plus. Je chasse la sensation d’effroi qui me fait froid dans le dos. Je peux le faire. J’ai vingt ans. Je n’ai pas peur. Le croque-mitaine existe, mais il est en prison.

Je compte en silence jusqu’à trois et je m’engouffre dans la venelle, ignorant les ombres qui se reflètent sur les murs, ignorant les regards noirs de deux étudiants qui s’écartent de mon chemin, ignorant les battements affolés de mon cœur.

Personne ne me suit.

Il me faut moins de cinq minutes pour atteindre l’espace ouvert. Je mets les mains sur mes genoux et j’expire plusieurs fois avant de me redresser en affichant un sourire. Pour un peu, je ferais une danse de la joie. J’ai remporté une petite victoire. Petite, mais c’est une victoire, alors je prends. Et, en piquant un sprint, je peux encore arriver à l’heure à mon cours d’introduction sur Shakespeare. Mais je fais une embardée et me cogne contre un arbre.

– Waouh !

L’arbre a une voix. Une voix que je reconnaîtrais n’importe où. Une voix qui m’enchante dans mes rêves et me sauve dans mes cauchemars.

– Hunter, dis-je déséquilibrée, en trébuchant en arrière.  

Mon sentiment de victoire aura été de courte durée. Je vais m’étaler par terre et tout le monde va encore me dévisager. Je devrais m’en balancer. Vraiment. Je me prépare à encaisser le choc quand son bras puissant s’enroule autour de ma taille. Me sauve une nouvelle fois. Et pendant une seconde, je me colle, rougissante, contre lui. Il est chaud, réconfortant, familier… malgré le fait que je ne l’ai pas vu depuis le jour où je suis sortie de l’hôpital il y a des mois. Nous avons échangé des milliers de textos. Et nous avons essayé de nous voir pendant l’été, sans jamais y arriver. Soit il devait travailler, rendre visite à sa mère et ses grands-parents, soit j’avais une bonne raison d’annuler. Le match de foot de ma sœur, la révision d’un examen ou simplement trop de choses à faire. J’étais prise par mon évaluation en éducation générale, les cours d’été à la fac… la peur d’être blessée.

Mais ça, je ne lui ai pas dit. J’ai préféré multiplier les excuses, affirmant que nous nous verrions après la rentrée puisque nous allions fréquenter le même campus.

Quand les cours ont commencé, il n’était pas là.

Le campus n’étant pas si grand, je pensais le croiser souvent. Et j’avoue que je l’ai cherché partout au début. Je rêvais de tomber sur lui et de l’inviter à sortir, mais je ne pensais pas que ça arriverait réellement. Et je ne lui demanderais pas de sortir avec moi. Qu’est-ce qui me prend de penser à ça ? Mes joues sont en feu. D’ailleurs, comment on invite quelqu’un à sortir ? Pourquoi ça ne se passe pas comme dans les comédies romantiques ?

Nos regards se croisent et la vague de chaleur dans mes joues se mue en lave en fusion. Ses yeux bruns me scrutent comme s’il m’avait cherchée partout lui aussi. Je baisse la tête et mon regard s’arrête sur sa mâchoire. Sa mâchoire carrée.

– L’université n’est pas comme dans les films, je murmure avant de développer parce qu’il le faut bien. Ça n’a rien à voir. J’ai regardé ces films et j’ai idéalisé l’université. À tort. Bon, j’ai cours. Je dois filer.

Je ne reprends pas mon souffle. Les mots coulent de ma bouche comme un torrent sauvage :

– On dit que tu pourrais te faire virer parce que tu as triché à un examen l’an dernier.

Voilà, c’est fait. Quand je l’ai appris, j’ai failli l’appeler pour lui demander pourquoi il ne m’avait rien dit. Je me mords la lèvre et me tords les mains, souhaitant ravaler mes paroles.

– Zut. Je ne voulais pas en parler. J’ai pas entendu grand-chose. Quand je suis nerveuse, je blablate, c’est plus fort que moi. Et je ne m’attendais pas à tomber sur toi aujourd’hui. Je m’attendais évidemment à te croiser sur le campus. J’ai bien reçu ton dernier texto pour qu’on se voie, mais je ne t’ai pas vu. Puis j’ai voulu répondre, mais je ne savais pas quoi répondre. Oui, un café, super. J’adore le café. Je dois y aller. Shakespeare m’attend. Enfin, pas lui. Parce qu’il est mort depuis longtemps. Mais j’ai un cours de littérature. Merci de m’avoir évité de m’étaler de tout mon long. Au revoir.

Mais je ne bouge pas. Il me lâche, mais je ne bouge toujours pas. Mes pieds ont pris racine et je ne bougerai plus jamais.

Ses lèvres se retroussent, dessinant ce sourire qui signifiait toujours qu’il venait de trouver un moyen de me faire rire, et mon cœur s’emballe. Une chamade inattendue, mais familière. Du moins en sa présence. J’inspire à fond pour endiguer ma logorrhée.

– Bon, j’ai vraiment cours. Et je suis heureuse de te voir.

Heureuse, euphorique, troublée. Au moins, j’aurais réussi un test de vocabulaire.

– Je vais dans la même direction. Tu as Mme Jackson, c’est ça ?

Il replace délicatement le sac sur mon épaule. Ses doigts me touchent à peine, mais cela suffit à transformer mon corps en volcan.

– Oui.

Nous marchons vers le bâtiment comme si nous traînions ensemble tous les jours depuis la rentrée universitaire et que j’avais répondu à son dernier texto.

– J’ai rendez-vous avec la vice-doyenne. Je ne peux pas être à la bourre non plus. Sache que Mme Jackson arrive en général avec cinq minutes de retard à partir de la troisième ou quatrième semaine de cours. Elle se dépêche pendant les trois premières semaines, mais ensuite, elle adopte un rythme de croisière et comme il y a toujours des étudiants qui s’attardent à la fin de son cours pour lui poser des questions, elle arrive à la bourre au suivant, dit-il en indiquant du menton l’entrée du bâtiment où se trouve à la salle 103.

– Tu vois ? C’est ta classe, non ?

Je reconnais quelques visages. Certains étudiants parlent entre eux. D’autres sont au téléphone. D’habitude, je me réfugie derrière mon écran.

Je soupire.

– C’est bien eux. Je pensais que ça serait facile. L’université est censée être comme dans les rêves ou les films, mais c’est loin d’être le cas.

Je regrette mes paroles à nouveau, mais cette fois ce n’est pas la nervosité qui m’a fait parler trop vite. Quand il me rendait visite à l’hôpital, il avait le don de me mettre à l’aise et ma nervosité s’envolait. Puis nos textos sont presque devenus comme un journal intime. Je lui confiais mes pensées et mes sentiments. Presque intégralement. Mais pas lui, je suppose. C’est pour ça qu’il ne m’a pas parlé de l’accusation de plagiat. Si seulement elle est fondée. Je baisse les yeux.

– Tu peux le faire. Tu as eu ton diplôme d’études secondaires. Tu as pris des cours en ligne. Tu peux y arriver.

Il a l’air convaincu et convaincant. Il est plus grand que moi, alors je lève les yeux, hausse un sourcil.

– Quelle que soit la raison pour laquelle tu vois la vice-doyenne, tu peux le faire aussi.

Puis, car apparemment c’est la journée où je fais des choses qui me font rougir, mes lèvres lui effleurent la joue. Et au lieu de regarder ailleurs, je fixe son sourire, mais ensuite je recule.

– Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Enfin, c’est toujours comme ça qu’on se disait au revoir. À l’hôpital. Une bise sur la joue. Tu te souviens ? Tu m’as demandé la première fois si j’étais d’accord. J’ai dit oui, puis c’est devenu une habitude. Je pense que c’est peut-être parce que je pleurais. Ou parce que tu avais parlé de ton père. J’en sais rien. Bref. J’ai vraiment dit bref ? dis-je en aspirant une goulée d’air. C’est peut-être pour ça. Bref, je dois y aller. Il le faut vraiment maintenant. Parce que même si elle arrive en retard, elle voudra probablement me parler. Je suis nulle en littérature. Nullissime, même. Ça craint vraiment. Bref… au revoir.

Je monte quelques marches.

Il rigole.

– Hé, Lacey.

Je me retourne.

– Tu peux le faire, répète-t-il.

Je lui souris, le poids sur ma poitrine s’allège un peu, même si je ne suis pas sûre qu’il ait raison. Un cours à la fois. Je dois redresser la barre. Il faut absolument que je dorme.

– Merci, dis-je tout bas.

Je ne suis pas sûre qu’il m’entende. Je lui fais au revoir de la main et je me dépêche de rejoindre le rang qui s’est formé devant la classe. Elena, ma camarade de chambre, suit aussi ce cours, mais elle vient du bâtiment d’ingénierie et n’est pas encore là. Je parie qu’elle n’est pas du genre à flipper pour quelques secondes de retard.

Je sors mon portable de la poche de mon sweat à capuche et je réponds au dernier texto de Hunter. Celui qu’il m’a envoyé il y a un mois pour me faire découvrir le meilleur café du campus. J’ai eu peur. Peur que le lien que nous avions noué à l’hôpital n’était dû qu’à son impression de devoir me sauver à nouveau. C’est peut-être le cas, mais ça ne peut pas être la seule raison, pas avec ce que je ressens en sa présence, pas avec ses tentatives incessantes de me faire rire et de prendre le temps de m’écouter.

Mais aujourd’hui, j’ai réalisé qu’il avait peut-être aussi besoin que je sois là pour lui. J’ai perçu, peut-être à un froncement de sourcil ou à sa façon de se tenir, une tension qui roulait à travers son corps comme le tonnerre. Peut-être que je dois lui montrer que notre amitié n’est pas à sens unique. Nous avons parlé de notre passé, de nos blessures et de nos espoirs, mais sans doute a-t-il pensé qu’il ne devait pas surcharger mon fardeau déjà lourd quand j’ai commencé les cours cet été. Il a tort.

Et puis, soyons honnêtes. J’ai envie de passer du temps avec lui. Et sa mâchoire. Ses épaules. Son sourire. Et sa façon de me faire rire.

Désolée de ne pas t’avoir répondu. Un café, avec joie.

Sa réponse est presque instantanée.

T’es libre à 17 h ?

Ouaip.

Je passe te prendre si tu veux.

Dac.

Nouvelle alerte de notification sur mon téléphone. C’est un email de Hailey, une fille rencontrée dans les forums. Elle a vécu dans une secte avec ses parents et son oncle. Elle était moins stricte que la nôtre et quand ils ont décidé de partir, personne n’a essayé de les tuer. Mon beau-père, que ses disciples appelaient « Maître », avait besoin de ce genre de communautés pour recruter du monde, les manipuler pour siphonner leur compte en banque. Elle cherche sa sœur qui est restée dans la secte et qui a coupé les ponts avec eux.

Elle m’a aidée à trouver des informations sur Noah.

Je me souviens du jour où il s’est fait expulser. Il m’a promis que tout irait bien. Il s’est penché vers moi, et ses longs cheveux ondulés (et toujours un tantinet gras) m’ont chatouillé le cou tandis qu’il me murmurait à l’oreille, exagérant son accent bostonien : « Je vais avoir une vie loin de cet enfer. Ne t’inquiète pas pour moi. Prends soin de toi. Prends soin de Cass pour moi. Je reviendrai vous chercher, promis. »

Je me souviens de l’odeur putride de la transpiration du Maître quand il a empoigné Noah pour l’éloigner de moi.

Je me souviens comment Noah lui a ri au nez même s’il avait ce même regard spectral que j’ai vu dans la glace bien trop souvent — empli d’effroi.

J’hésite. Si je ne le lis pas, c’est comme si ce qu’elle a écrit n’était pas arrivé. Mais la volonté farouche de savoir s’il va bien l’emporte sur la peur. Je clique sur la notification.

Info urgente

Mon cœur bondit dans ma gorge.

Noah est mort depuis des années. Tu devrais le savoir. Tu l’as tué. Son corps a été retrouvé dans le Maryland.

CHAPITRE 3 — HUNTER

Je n’ai jamais trouvé la vanille sexy — jusqu’à maintenant. Je n’avais même pas réalisé que je pouvais apprécier l’odeur de quelqu’un. Merde, je ne pense pas avoir jamais été excité par une crème pour le corps. Lacey sent la vanille. Et maintenant, chaque fois que J. J. apporte à la caserne ses cupcakes soi-disant de « renommée mondiale » à la vanille, je pense à elle. Ce que je faisais déjà, à vrai dire.

Je la suis du regard en fronçant les sourcils. J’étais inquiet de ne pas avoir de ses nouvelles. J’avais peur qu’il lui soit arrivé quelque chose alors que je n’étais pas là. Rafael s’est foutu de moi quand je l’ai interrogé sur elle. D’habitude, je ne pose pas de questions sur les filles. Et Rafael me connaît depuis des années. Mais après m’avoir raconté des conneries, il est devenu sérieux et m’a dit qu’elle avait l’air d’aller bien. Ce qu’il ne m’a pas dit, c’est à quel point elle semble fatiguée. On dirait qu’elle n’a pas fait une nuit complète depuis l’incendie. Quand elle a dit qu’elle croyait que ce serait plus facile, elle avait l’air si affligée. Je la hèle.

– Hé, Lacey ?

Elle se retourne.

– Tu vas y arriver, dis-je avec autant que conviction que possible.

Elle esquisse un petit sourire. Un petit sourire qui me donne la même satisfaction que le jour où je suis devenu pompier volontaire novice, comme si j’avais finalement fait quelque chose de bien, une chose dont mon père aurait été fier, une chose qui n’avait rien à voir avec mon nom de famille. Elle me fait un signe de la main et disparaît dans le groupe d’étudiants rassemblé devant sa classe.

– Vous montez, M. Harrington ? lance Linda, l’assistante de la vice-doyenne du département d’anglais en passant devant moi.

J’ignore depuis combien de temps elle est là. Elle a été gentille avec moi tout au long de ce calvaire.

– Elle va bien ? demande-t-elle en pointant Lacey du menton.

Elle connaît probablement son histoire. Presque tout le monde est au courant. Elle semble soucieuse, mais pour une raison inconnue, mon mécanisme de défense s’enclenche.

– Elle va bien. Plus que bien.

Je me masse la nuque en essayant de soulager une tension musculaire imaginaire.

Les yeux bleus de Linda me scrutent comme si elle m’analysait. J’ignore ce qu’elle voit, mais elle hoche la tête et tourne les talons, puis trottine vers l’escalier menant au deuxième étage.

– Pour rester jeune, murmure-t-elle en passant une main dans ses boucles grises.

Je ne sais pas si j’étais censé l’entendre. Je la suis dans l’escalier.

– Ma grand-mère dit qu’être jeune est une question de cœur, dis-je d’une voix plus indolente que nécessaire.

Elle a beau être beaucoup plus petite que moi, son rire retentit haut et fort.

– Je ne sais pas si vous êtes charmant ou si vous venez de me comparer à votre grand-mère ! J’ai cinquante et un ans.

Elle pousse la porte du deuxième étage et se dirige droit vers le bureau. Elle se tourne vers moi et penche la tête, et je sais ce qu’elle va dire ensuite.

– Vous êtes le fils de Malcom.

– Oui, madame.

Le nom complet de mon père était Malcom Wallace Harrington III. Quand je suis né, maman dit que le médecin a sauvé sa vie et la mienne, alors ils m’ont donné son nom, rompant ainsi avec la tradition familiale. Ce médecin ne m’a pas seulement sauvé la vie ; grâce à lui, on ne me parle pas de mon père chaque fois que je prononce mon nom. Ouais, je devrais vraiment lui envoyer un mot de remerciement.

– Il a tant fait pour cette université, dit-elle presque mélancolique. Une si triste…

Elle ne prononce pas le mot « mort ». Beaucoup n’utilisent pas ce mot. Père, comme il aimait qu’on l’appelle, est mort dans un accident de voiture juste après avoir perdu toute la fortune de la famille et les économies de nombreuses personnes de notre communauté dans de mauvais placements et des montages financiers à la Ponzi.

Il m’avait dit ce soir-là qu’il voulait faire mieux, être meilleur. Il était en liberté sous caution. Il n’était pas censé sortir de la maison, mais il l’a quand même fait. Certains prétendent qu’il voulait faire avouer à son partenaire qu’il était au courant du stratagème pour qu’on ne lui mette pas tout sur le dos. Sur le trajet, un camion a percuté sa voiture. Il est mort sur le coup. Maman a eu tellement de dettes à rembourser. Elle a dû vendre la maison et retourner dans le modeste ranch de ses parents à une heure de route.

J’ai dû trouver un moyen de payer l’université, les frais de scolarité et les dépenses courantes — absolument tout.

– Je prie souvent pour votre famille.

– Merci, dis-je froidement.

Troublée, Linda ralentit le pas. Penser à père me déstabilise toujours. Je répète « merci » en me forçant à y instiller un peu de sympathie parce qu’elle n’y est pour rien, la pauvre, et qu’elle a l’air bienveillante.

Elle pince les lèvres, ouvre la porte et me fait signe de m’asseoir. Je me laisse tomber sur une chaise et souris en voyant le texto de Lacey. Je réponds immédiatement. Linda toussote, je lève les yeux vers elle.

– Pour votre information, Mme McAllister semble très contrariée. J’apporte des muffins le mardi, et elle n’en a même pas pris un ce matin.

Génial.

Elle se penche et baisse la voix.

– Je ne pense pas que votre passif vous aide. Ce qui s’est passé dans cette soirée à la fraternité… c’est un tel déshonneur pour l’université. Si votre père n’avait pas été un si grand bienfaiteur…

Elle ne finit pas sa phrase. C’est inutile.

La fête a eu lieu six mois avant sa mort, avant que la honte ne le frappe, lui et toute notre famille. J’étais le roi du monde alors. C’était une semaine de folie. Rafael, Branson et moi pensions que nous étions les rois du monde, ou du moins du campus. Branson et moi avons grandi avec une cuillère d’argent dans la bouche, lui sur la côte est et moi au Texas. Quant à Rafael, je le connais depuis l’enfance. Sa famille n’était pas aussi prodigue que la nôtre. Mon père taquinait le sien sur sa prudence excessive. Ouais, j’aurais aimé que papa soit plus prudent. Nous allions nous éclater dans cette soirée, devenir membres du club, des frères. Mon père avait appartenu à cette fraternité. Mon grand-père aussi. J’ai bu, bu, bu. J’ai fait la fête, j’ai fait le fou.

Jusqu’au petit matin.

C’est moi qui l’ai trouvée.

Son corps flottant dans la piscine. Son visage blafard. Ses lèvres bleues.

Sa famille ne s’est jamais manifestée. Personne ne sait d’où elle vient, son nom, son histoire.

J’ai du mal à respirer normalement.

La vice-doyenne pousse la porte du bureau. Ses yeux sont doux, mais son visage est fermé.

J’ai merdé dans le passé.

Mais je n’ai jamais triché à un examen ou un devoir. Si elle ne me croit pas, je perds tout.

Tout ce pour quoi j’ai travaillé si dur.

Tout ce que j’ai reconstruit.

Tout ce qui tient mes cauchemars à distance.

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Mon nouveau livre LA PEUR EN PLEIN CŒUR est disponible (depuis plus d’1 mois…oups!)

LA PEUR EN PLEIN CŒUR est un livre très spécial pour moi. C’est le livre que j’ai écris pendant et juste après ma chimio…C’est un livre qui parle de courage et de vulnérabilité. C’est un livre qui me tient au cœur 😉

Je partagerai la note d’auteur et les trois premiers chapitres dans la semaine sur ce blog.

Il faut vraiment que j’essaie d’écrire un peu plus…vu que ce livre est sorti il y a plusieurs semaines…

Mais en attendant, voici la couverture, le résumé et les liens pour acheter le livre si vous le souhaitez. LA PEUR EN PLEIN CŒUR est le troisième opus de la série Gavert City mais ce sont des livres « compagnons » donc ils peuvent se lire « seul. »

Elle pensait avoir échappé à la secte. Il pensait qu’il la protégerait toujours. Oh, ils avaient tellement tort.

Lacey Simon, 20 ans, a sauté d’un bâtiment en feu pour échapper à la secte de son beau-père guru, alors ses études devraient une promenade de santé. Sauf que Lacey n’arrive pas à s’en sortir. Non seulement elle reçoit des lettres de menaces, mais elle obtient des mauvaises notes. Un vrai bonheur. Seul Hunter, le pompier qui l’a sauvée des flammes et qui veille maintenant sur elle, lui rappelle que son beau-père ne dicte plus son avenir. Il lui donne des cours d’anglais, il la fait rire, rougir, et la pousse à être plus audacieuse. Mais pourquoi a-t-elle l’impression qu’il ne l’aide que pour racheter ses erreurs passées ?

Hunter Harrington, 21 ans, se croyait invincible jusqu’à ce qu’une fête d’étudiants tourne au drame et qu’il découvre un cadavre dans la piscine. Depuis ce jour, il s’efforce de décrocher des bonnes notes et d’aider les autres. Ouaip, il s’est même engagé dans l’équipe des pompiers volontaires de l’université. Quand on l’accuse de plagiat, il est contraint de passer plus de temps avec Lacey. Oh, ça ne l’embête pas. Il aimerait être encore plus proche d’elle. Mais il cache des secrets qui pourraient détruire leur relation avant même qu’elle n’éclose. Et d’ailleurs, est-il vraiment capable de la protéger ?

Pourront-ils se faire suffisamment confiance et faire confiance aux autres pour vaincre leur peur d’aimer et… rester en vie ?

Découvrez l’histoire de Lacey et Hunter dans LA PEUR EN PLEIN CŒUR, le troisième opus de la série Gavert City.

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L’avez-vous déjà lu et souhaitez-vous recevoir un épilogue exclusif? Laissez une évaluation sur Amazon (si possible) ou autre vendeur de votre choix et envoyez-moi un email: authorelodienowodazkij@gmail.com

Autres livres dans la série Gavert City:

Un roman sentimental à suspense par Elodie Nowodazkij, à mi-chemin entre SCREAM et FRIDAY NIGHT LIGHTS.

Erin Hortz, cheerleader de dix-sept ans, devrait consacrer ses journées à se préparer pour le concours de miss qui pourrait bien changer sa vie en lui permettant de quitter sa petite ville du Texas. Mais maintenant que son père est soupçonné d’être un tueur en série, elle a du mal à garder la tête froide. Surtout quand il s’agit de Dimitri Kuvlev, le frère de sa meilleure amie Nadia, celui qui la fait craquer depuis toujours et qui lui a esquinté le cœur…

À cause d’une mauvaise blessure, Dimitri, dix-neuf ans et ex-future-star du football américain à qui les meilleures universités faisaient les yeux doux, se retrouve soudain à ne plus savoir quoi faire de sa vie. La seule personne qui semble le comprendre est celle qu’il s’est pourtant juré de garder dans la friend zone tant qu’il n’aurait pas mis de l’ordre dans sa vie : Erin.

Quand soudain, Nadia disparaît après s’être rendue à une soirée, Dimitri et Erin savent qu’ils doivent à tout prix la retrouver avant qu’il ne soit trop tard, même si cela signifie risquer leurs propres vies et remettre en question tout ce qu’Erin croyait savoir.

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LA PEUR…
Ils ont beau essayer, Tessa et Luke ne peuvent pas échapper au passé.
… DANS LES YEUX

Six ans plus tôt, la sœur de Tessa, Mellie, a disparu. Âgée maintenant de dix-sept ans, Tessa est toujours rongée par la culpabilité et habitée par le désir de retrouver sa sœur. Malgré tout, elle fait de son mieux pour garder le cap. Mais quand son béguin d’enfance, Luke Simon, revient vivre dans leur petite ville texane, il menace sérieusement l’équilibre si fragile qu’elle a réussi à trouver. Il l’attire, il sait la faire sourire, il est le seul qui semble la comprendre… Mais lui aussi traîne un lourd passé derrière lui…

Luke Simon s’y connaît en culpabilité. Il a emménagé chez son oncle pour oublier son passé, mais ses souvenirs le hantent. Il fait ce qu’il peut pour contenir sa colère et fait taire ses pensées en séduisant une fille après l’autre — mais Tessa, avec ses longues jambes, ses sourires rares et sa gentillesse, est la seule fille qui compte à ses yeux. Il pourrait passer des heures à lui parler, il pourrait passer des heures à faire n’importe quoi, avec elle. Mais il craint que son passé la fasse fuir… ou pire.

Tessa et Luke ont beau s’efforcer de vivre dans le présent, leurs passés respectifs ne sont jamais loin, tapis dans l’ombre et plus liés qu’ils ne pourraient l’imaginer. Et il est peut-être trop tard pour sauver la sœur de Tessa… ou même pour se sauver eux-mêmes.

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